Entrevue avec Wajdi Mouawad

Publié le par forets

mouawad txtEntretien avec Wajdi Mouawad, tiré du magazine Evene.

 

Comment s’organise votre travail de manière générale et plus particulièrement sur un projet tel que Forêts ?

 

C’est d’abord une rencontre avec une histoire. Un jour, je suis inspiré par des éléments inattendus : il y a une grande part de hasard dans cette rencontre. Ceci dure assez longtemps, deux ou trois ans. J’apprends alors à connaitre cette histoire, à lui faire confiance, à vivre intimement avec elle... tout comme se ferait une rencontre de personne à personne. Puis je commence à écrire d’après cette idée. De là, je réfléchis au nombre de comédiens dont je vais avoir besoin et je les contacte. S’ils sont d’accord, nous commençons à travailler tous ensemble avant même que j’aie fini d’écrire le texte. Nous prenons alors du temps pour discuter et réfléchir au projet. Pour Forêts nous avons organisé une discussion de six semaines. Le temps est la chose la plus importante pour mon travail. Si je n’ai pas les moyens d’en prendre, je préfère ne pas faire de spectacle. Puis, au fur et à mesure du temps, je commence à mieux connaitre les comédiens et à distribuer les rôles en fonction de ce que je ressens en eux.

 

Quels sont les univers littéraires ou artistiques qui vous influencent en général dans votre travail et dans Forêts en particulier ?

 

Le cinéma est très important. J’ai vu plus de films dans ma vie que toute autre chose. Sinon, c’est surtout la contemplation de la nature, la couleur d’un ciel… C’est la conjonction entre les deux. La littérature aussi m’apprend beaucoup, la peinture. Mais tout cela se fait de manière très intuitive. Ce qui m’intéresse c’est d’être subjugué par les choses que nous ne comprenons pas. Je ne supporte pas la sociologie, la psychanalyse, même si je m’y intéresse. Je ne peux pas supporter quelque chose qui veut tout m’expliquer et me prouver que je suis totalement explicable. Je suis attiré au contraire par tout ce qui exacerbe le mystère que je suis.

 

Quelle mission donnez-vous au théâtre ?

 

Rien d’autre que d’être du théâtre ! C’est difficile de faire du théâtre. Je ne fais rien d’autre qu’une tentative de donner de la transparence au spectateur, de lui faire comprendre comment tout cela s’est passé. Je n’ai pas de mission. Je cherche vraiment à faire en sorte que le regard du spectateur soit détourné du fabriquant, et qu’il regarde l’objet. C’est comme face à un arbre : devant un arbre vous regardez l’arbre et non celui qui l’a fait. Et ça c’est déjà compliqué. Donc ce n’est rien d’autre que du théâtre. Certes, c’est une tautologie, mais s’il n’y a pas ça, il n’y a rien, et il faut qu’il soit sublime ou rien. Je ne cherche pas à sauver le monde mais à rien d’autre que de faire une pièce limpide et transparente, afin que le spectateur soit entièrement submergé. C’est ainsi que la beauté de la pièce révèle ses messages, même les plus violents. C’est un dialogue avec le public. De là, donc, peut surgir beaucoup de choses.

 

Propos recueillis par Mathieu Laviolette-Slanka

evene.fr - Juin 2009

© Thibaut Baron

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